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LES SUSPECTES STATISTIQUES SUR LE TOURISME PAR L’OMT

TourMag

vendredi 12 octobre 2018, par administrateur

" Les statistiques officielles du tourisme mondial sont aussi étranges que (parfois) incohérentes. Quant à celles de la France, une simple division démontre qu’il y a un véritable problème avec les chiffres publiés et avec les classements." TourMag

TourMag

« La France, première destination touristique mondiale »…

…— et ce depuis de nombreuses années —, avec près de 82,6 millions d’arrivées touristiques internationales annoncées en 2016. Cette annonce victorieuse, année après année, peu de gens songent à la remettre en question — y compris les journalistes — malgré la méthodologie contestable de calcul de ces chiffres.

Elle nous est délivrée annuellement, avec la régularité d’un calendrier de pompiers, par notre administration et par l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), elle-même renseignée par chaque pays.

Ainsi classé leader en fréquentation, le tourisme français se retrouverait toutefois officiellement au 5e rang mondial en matière de recettes touristiques internationales (env. 42,5 milliards de US$) derrière les États-Unis (env. 206 Milliards de US$), l’Espagne, la Thaïlande et la Chine.

Outre, encore une fois, les moyens non fiables utilisés pour déterminer le nombre de touristes et le volume de recettes touristiques étrangères, il suffit déjà de diviser les données monétaires publiées par le nombre d’arrivées touristiques, pour se rendre compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas.

Plus la première, la France est 63e mondiale pour les dépenses moyennes par touriste étranger
Sur la base de l’année 2016, la France présentée encore une fois comme première « destination » mondiale touristique et 5e en recettes touristiques internationales, ne se retrouve qu’au …63e rang des dépenses moyennes par arrivée (514 $) sur 77 pays dans le monde qui ont déclaré à l’OMT recevoir plus de 2 millions de touristes étrangers (voir le tableau ci-dessous). Pire, elle était — si on veut se fier aux statistiques — au 53e rang en 2014, avec 662 $, soit moins 22 % !

Cette situation de recettes moyennes faibles par touriste étranger est déroutante.

On aimerait lui trouver des explications, qui restent parfois très hypothétiques, avec beaucoup de préjugés ou d’analyses fausses :

• Supposition N° 1  : On compte les touristes en transit, comme le confirme d’ailleurs l’Insee, qui les estime entre 1/6e et 1/5e des flux. Ce sont les personnes (vacanciers, visiteurs,…) qui ne font que traverser l’Hexagone du nord au sud (et inversement) pour se rendre dans les pays voisins qui sont leur vraie destination (Espagne, Italie, Maroc, Portugal, etc.). Nos magnifiques autoroutes les y aident. Sans parler de ceux qui visitent l’Europe au pas de course en restant très peu de temps en France. Leurs dépenses sont du coup minimalistes entre nos frontières. Ce qui fait dire que le mot « destination » n’est pas toujours approprié pour parler de la France. Cette explication est satisfaisante, mais ne suffit pas.

Supposition N° 2 : La France recevrait surtout des touristes pour des courts séjours, donc les visiteurs internationaux y dépenseraient en toute logique moins que pour des longs séjours. Cela pourrait sembler vrai, car on observe une demande forte émanant des pays limitrophes pour des week-ends, par exemple. Cette explication ne tient toutefois pas entièrement la route pour justifier les statistiques avancées. Car bien d’autres pays avec des recettes moyennes bien plus élevées que la France enregistrent également des courts séjours en volumes importants à très importants (voir tableau ci-dessous). Explication insatisfaisante.

Supposition N° 3 : Notre pays recevrait surtout des personnes qui dépensent peu. Cela a été entendu maintes fois, mais ce n’est évidemment pas non plus plausible. Explication stupide.

Supposition N° 4 : Nos prestations touristiques (hébergements, transport, restauration, loisirs,…) ne sont pas chères. Cela ne se vérifie pas sur le terrain par comparaison avec d’autres pays touristiques majeurs européens. Explication inexacte.

• Supposition N° 5 : La France accueillerait surtout une clientèle de loisirs, avec en corollaire moins de dépenses (on estime que le client d’affaires dépense environ 2,5 fois plus que le client de loisirs, à durée de séjour comparable). Les statistiques de fréquentation les plus fiables (Insee) ne confirment pas ce postulat. Explication non satisfaisante.

• Supposition N° 6 : Les données officielles sont fausses. C’est probablement l’explication la plus sensée, surtout quand, encore une fois, on constate comment les informations seraient collectées et renseignées, avec une méthodologie peu fiable à contestable.

LA FRANCE N’EST PAS LA SEULE À MENTIR

A noter que la France n’a pas le monopole de la bizarrerie dans les chiffres statistiques du tourisme. Chaque pays communique ses données à l’OMT, ce qui donne parfois des moyennes étonnantes. Ainsi, le Luxembourg, petit pays s’il en est, aux 576.249 habitants (janvier 2016), déclare avoir reçu un peu plus d’un million de touristes étrangers en 2016 pour une dépense moyenne par touriste de …4.072 $, et même 5.160 $ en 2014. Compte-t-on dans ce dernier indicateur les dépôts sur des comptes bancaires ou est-ce soudain devenu une destination de (longues) vacances coûteuses ?

Les comparaisons entre deux périodes dans les dépenses moyennes annoncées par touriste laissent parfois songeur, avec des évolutions très souvent incohérentes ou peu plausibles. Par exemple, le Luxembourg, cité ci-avant, perd plus de 20 % en 2 ans, comme la Suisse, comme l’Italie, comme l’Allemagne. Les USA gagnent 15 % sur ce même laps de temps. Macao qui passe de 3.489 $ en 2014 à 1.903 $ en 2016 (- 45 % !). Etc. etc. etc. Les écarts ne peuvent pas être aussi grands en si peu de temps en matière de recettes touristiques moyennes, sauf à ce que les pays en question aient subi soudainement une forte déflation dans leur économie. Or, Macao, par exemple, est en inflation annuelle de 4 % à plus de 6 % depuis 2013.

Pour la France — rappel : érosion de 22 % dans les recettes moyennes par touriste étranger entre 2014 et 2016 —, il y aurait eu moins de Chinois et moins de Japonais en 2016 (effets attentats). Les premiers, surtout, correspondent à une forte dépense moyenne. On pourrait alors penser que leur diminution a pu entraîner les recettes moyennes vers le bas. Sauf qu’il ne représentent que 2 % de la demande internationale en France, ce qui ne peut pas être perceptible dans le résultat sur les dépenses moyennes. Donc, il y a comme un os dans les chiffres.

Plus largement, cette présente analyse laisse entrevoir que les statistiques touristiques sont pour le moins approximatives, imaginaires ou fantaisistes dans beaucoup de cas. Et qu’il faut par conséquent les relativiser, voire les ignorer. D’autant que de nombreux pays n’ont pas les moyens de les collecter de manière probante. D’autres n’ont pas de scrupules à les inventer ou les embellir/arranger.

Enfin, ce qui forme une recette touristique (ce qui entre comme vraie dépense par les touristes) reste, encore une fois, compliqué à établir et surtout impossible à renseigner. Idem pour la France. On ne peut pas pister chaque touriste international dans ses achats et dépenses…"


Voir en ligne : LES SUSPECTES STATISTIQUES SUR LE TOURISME PAR L’OMT (*)