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Préparer l’avenir du tourisme en France

Le 4 décembre 2013 - administrateur

Le gouvernement lance les Assises du tourisme. On ne peut que s’en réjouir. Certes, la France peut s’enorgueillir d’être un des leaders mondiaux de ce secteur. Mais pour combien de temps encore ?
Au moment où des centaines de millions de Chinois, d’Indiens, de Brésiliens, et tant d’autres, commencent à visiter le monde, et tout particulièrement l’Europe, comment nous préparer à les accueillir dans les meilleures conditions ?

Le secteur mérite mieux que le peu d’attention que lui ont accordé les pouvoirs publics depuis trop longtemps. Il mérite mieux, surtout, que le préjugé qui identifie le devenir touristique de la France à la fatalité de la désindustrialisation, laissant entendre que cette activité n’est pas vraiment productive.

Il est plus que temps de dépasser cette vision simpliste. Le tourisme, outre qu’il est une industrie, en fait tourner bien d’autres. La part du seul secteur touristique dans le produit intérieur brut (PIB) s’élève déjà à 7%.

2 MILLIONS D’EMPLOIS

Elle est bien supérieure à celles de l’énergie et de l’agriculture ; et avec ses effets induits, le tourisme atteint près de 10% du PIB et représente environ 2 millions d’emplois.

C’est le premier poste de notre balance des paiements, loin devant l’agroalimentaire, l’automobile ou l’aéronautique.

C’est bien sous le signe du redressement productif engagé que devrait s’inscrire une politique du tourisme et des loisirs audacieuse. Comment valoriser notre offre pour répondre à une quête de bien-vivre qui doit trouver dans notre pays - le plus visité au monde - sa terre d’élection ?

La France dispose d’atouts exceptionnels : diversité unique de ses paysages, de son climat, de son patrimoine naturel et historique, richesse de sa vie culturelle, de sa gastronomie etc… Et pourtant, notre pays perd chaque année des parts de marché en Europe, par rapport à l’Espagne ou l’Italie, mais aussi à l’Allemagne.

AU TROISIÈME RANG EUROPÉEN

Elle n’est plus qu’au troisième rang en termes de recettes. Les plus beaux sites ne suffiront pas à retenir le voyageur qui construit son séjour comme une expérience globale, et qui, avec un professionnalisme inédit, peut sur le net comparer et composer ses offres.

Dans un monde où les réputations se défont de manière virale, si l’art et la douceur de vivre " à la française " ne sont pas au rendez-vous, alors la clientèle repartira avec un souvenir contrasté et l’image de la destination-France pourrait être très vite entamée.

Dès l’arrivée à l’aéroport ou à la gare, notre image de marque est engagée. Tout au long de leur séjour, c’est l’attention portée aux visiteurs de passage qui est appréciée. Sait-on que le site de voyageurs Where are you now a élu les Français " peuple le plus inhospitalier du monde", soulignant au passage nos réticences à communiquer en anglais, tandis que d’autres sites classent nos villes parmi les plus sales d’Europe ? Au-delà de leur exagération nous aurions tort de négliger ces avis.

Le mauvais rapport qualité/prix de certains de nos hébergements est ainsi communément critiqué. De même, sont souvent mentionnés le niveau inégal de nos infrastructures de transport -c’est notamment le cas en région parisienne qui ne dispose pas encore d’une liaison directe entre ses aéroports et Paris, ville la plus visitée au monde !-, mais aussi les horaires d’ouvertures de nos magasins, en particulier dans les grandes agglomérations.

RENFORCER LES QUALIFICATIONS DE NOS MÉTIERS

La lourdeur et la complexité des procédures (urbanisme, visas…) ont leur part de responsabilité. Sans oublier la réputation de notre pays auprès des investisseurs, dont nous avons besoin pour financer nos projets.

Une politique volontariste globale est donc nécessaire.

L’investissement dans le capital humain doit être au cœur de cette démarche. Il est crucial pour répondre aux exigences d’accueil de la clientèle et développer la créativité et l’innovation, d’autant plus si nous voulons défendre pour la France une conception du développement touristique à forte teneur qualitative.

Nous avons donc besoin de renforcer les qualifications de nos métiers - notamment linguistiques -, de mieux professionnaliser et sécuriser nos emplois, en dépit de leur caractère saisonnier. C’est une rentabilité durable que nous voulons promouvoir et surtout pas un productivisme destructeur des équilibres naturels et sociaux.

FÉDÉRER LE TISSU ÉCONOMIQUE LOCAL

Notre réussite dépendra beaucoup de notre capacité à rassembler les acteurs d’une profession relativement éclatée, de manière à défendre, au-delà des pré-carrés, la marque France. Cela requiert de mieux structurer une filière qui manque, dans certains domaines, d’opérateurs de taille critique.

Ainsi, souhaitons-nous laisser la promotion de nos sites aux seuls géants mondiaux de la commercialisation sur le net ? Le développement du tourisme n’est pas l’affaire des seuls professionnels du secteur. Aussi, nous devons mettre en place des initiatives qui permettent de fédérer le tissu économique local, au plus grand bénéfice des territoires et de leurs habitants.

C’est ce que nous avons fait, par exemple, à la Compagnie des Alpes en créant, en avril dernier, avec la Caisse des Dépôts, trois banques régionales rhônalpines et les collectivités locales, une société foncière en vue de rénover des centaines de logements vieillissants dans nos montagnes.

Pour relever tous ces défis, on ne peut pas tout attendre des pouvoirs publics. Cependant, l’Etat et les collectivités locales ont un rôle essentiel à jouer pour créer un cadre favorable au développement du tourisme.

UNE CHANCE POUR LA FRANCE

Il s’agit pour l’Etat d’aller au-delà d’une simple démarche sectorielle, et de prendre pleinement en compte la composante " tourisme " dans la définition et la mise en œuvre de ses actions, en levant autant qu’il est possible les obstacles législatifs et règlementaires qui freinent son développement.

On peut attendre de l’Etat qu’il favorise des projets structurants au niveau national, comme il a su le faire dans le passé, avec le plan neige ou l’aménagement du littoral, par exemple. Il convient aussi de faire éclore et de mieux accompagner les initiatives locales qui ont de plus en plus de mal à aboutir en raison de la lourdeur des procédures et, il faut bien le dire, de la frilosité et de l’indécision des acteurs publics.

Le tourisme est une chance pour la France. Sachons en faire un levier de croissance en conjurant nos faiblesses et en valorisant nos formidables atouts.

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