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Tourisme durable : faut-il des quotas pour pr√©server les sites touristiques ?

lundi 13 novembre 2017, par administrateur

" Prot√©ger √ la fois le patrimoine, la libre circulation des touristes et les droits des populations, tel est le d√©fi que notre si√®cle doit relever. De nouveaux axes pour le tourisme d’aujourd’hui et de demain se profilent √ l’horizon." TourMag

Tour Mag

Des centres-villes satur√©s, des √©chafaudages rongeant les flancs de sites touristiques majeurs - comme les pyramides -, des √ģles paradisiaques ferm√©es au tourisme… Ces images effraient, et les mesures toujours plus nombreuses pour pr√©server le patrimoine mondial font craindre une mutation profonde dans le tourisme de masse.

Nos semblables voyagent de plus en plus, et partent de plus en plus nombreux. Cela a forc√©ment un impact sur l’environnement en g√©n√©ral et la pr√©servation des sites visit√©s, en particulier.

Le b√©n√©fice tir√© de l’√©conomie touristique incite gouvernements, organismes et professionnels du voyage √ attirer une client√®le toujours plus large sur les destinations qu’ils promeuvent, au d√©tri-ment des conditions de vie des populations locales et cela √ long terme.

Christian Orofino, co-pr√©sident de l’Observatoire g√©opolitique √©cotouristique (Obget), se d√©sole, par exemple, de voir l’Unesco labelliser des sites sans avoir pens√© au pr√©alable, en concertation avec les autorit√©s locales, √ une strat√©gie d’accueil.

¬« Des sites se d√©gradent avec l’arriv√©e en masse de touristes, surtout s’ils ne se sont pas pr√©pa-r√©s √ ce soudain bouleversement. Prenez le temple d’Angkor au Cambodge : il n’√©tait absolument pas visit√© jusque dans les ann√©es 80, absolument pas visit√©.

Apr√®s son classement au patrimoine mondial de l’Unesco en 1992, il a attir√© 60 000 visiteurs en 1999, 250 000 en 2001 et 3 millions de visiteurs en 2011.

Cela a eu un grave retentissement sur le monument, la pollution avec les nouveaux axes de circulation construits √ la va-vite et la corruption dans la population.

On observe le m√™me triste ph√©nom√®ne √ Yuanyang (en Chine) avec les rizi√®res en terrasse et dans de tr√®s nombreux autres sites. On pourrait mieux prot√©ger ces lieux, en anticipant. ¬ »

Quotas et fermetures temporaires de certains sites
La d√©t√©rioration de monuments est effectivement due √ plusieurs facteurs et pour freiner une √©ro-sion tant des sites que des cultures, des mesures draconiennes sont prises vis-√ -vis des tou-ristes.

Une partie du site de Pomp√©i est ferm√© au public ; les √ģles Similan en Tha√Įlande sont temporaire-ment interdites au tourisme ; les sites arch√©ologiques mayas ne peuvent plus se gravir √ m√™me la pierre, mais sont accessibles via des √©chafaudages ; un quota de visiteurs est impos√© en Antarc-tique et aux Galapagos ; le centre-ville de Barcelone est ferm√© aux groupes de plus de 50 per-sonnes…

Autant de barri√®res qu’on aurait pu √©viter en pr√©parant l’acc√®s aux touristes ? ¬« Il y a des choses qui se pr√©voient, qui se mettent en place et qui permettent de prot√©ger des lieux, des cultures ou tout du moins de freiner leur alt√©ration. Il faut aussi √©duquer les gens. Les touristes ne sont pas chez eux ailleurs. Il faut qu’ils respectent les lieux visit√©s, les coutumes et les cultures ¬ », ajoute Chris-tian Orofino.

Pour sensibiliser les foules, certains tour-op√©rateurs et croisi√©ristes (Sala√ľn Holidays, CroisiEurope) organisent pour leurs clients lors de leur s√©jour, des visites d’√©coles, d’orphelinats, d’ateliers de r√©-novation de c√©ramiques dans les communaut√©s visit√©es.

D’autres (Village Monde, Vision du monde) proposent aux voyageurs de prendre part √ une activit√© communautaire, √©cologique ou encore de vivre chez l’habitant afin qu’ils se sentent impliqu√©s dans leur action √ l’√©tranger lorsqu’ils voyagent.

Changer les mentalités des grands opérateurs

Guillaume Cromer, directeur g√©rant d’ID-Tourism et consultant sur des actions en faveur d’un tou-risme durable est cat√©gorique : ¬« il faut absolument responsabiliser les professionnels du voyage comme TUI, Club Med ou Transat pour travailler √ changer les mentalit√©s en faveur d’un tourisme durable, ce qui peut s’av√©rer compliqu√© √©tant donn√© que l’√©conomie prime toujours. ¬ »

Afin de changer les mœurs et de faire √©voluer le tourisme vers une conscience collective de notre environnement, des mesures incitatives sont instaur√©es, comme les ¬« Palmes du tourisme durable ¬ », dont la 1√®re √©dition r√©compense les professionnels du voyage ayant r√©cemment mis en place des actions concr√®tes pour pr√©server l’environnement et favoriser le contact avec les populations lo-cales.

¬« En fait, seuls les voyageurs, comme les routards, qui sont dans la spontan√©it√© ou les touristes ayant un agenda serr√© les emp√™chant d’anticiper ou d’aborder une certaine souplesse peuvent se sentir frustr√©s.

On observe √ l’inverse une compr√©hension et un renforcement d’int√©r√™t pour le reste des voya-geurs vers ces destinations ¬ », assure Guillaume Cromer.

¬« Les gens pr√©f√®rent visiter un site qui n’est pas massivement envahi par le tourisme ou retourner sur un lieu dont le patrimoine a su √™tre pr√©serv√©, quand ils ne font pas de lieux prot√©g√©s leur must do dans une vie ¬ ».

Les mesures protectionnistes, une solution ?

¬« Nombre de ces restrictions protectionnistes impactent davantage la population locale. Il est imp√©ra-tif que les prochaines actions de protection du patrimoine soient men√©es en concertation avec les locaux ¬ », remarque Julien Buot, directeur de l’association Agir pour un Tourisme Responsable.

Il pense notamment aux Maasa√Į qui ont d√ » √™tre repouss√©s plus loin sur leurs terres parce qu’ils in-terf√©raient avec la faune que venaient observer les visiteurs, ou aux p√™cheurs tanzaniens interdits un certain temps de cette activit√© pour pr√©server la faune d’un parc national marin prot√©g√©.

Alors quid des solutions pour √©viter les frustrations de part et d’autre et pour participer √ la pr√©serva-tion de sites ? Plusieurs pistes sont √ explorer pourvu que l’on accepte de changer les choses.

Julien Buot pense √ des modes de voyages alternatifs qui d√©saisonnalisent le tourisme, qui r√©-partissent les voyageurs sur un lieu sur toute une journ√©e ou sur l’ann√©e.

¬« Il faut pour cela repenser l’offre et pr√©senter aux touristes les avantages de visiter un site au lever ou au coucher du soleil plut√īt que durant la journ√©e. Parler des manifestations qui se tiennent dans cer-taines villes durant l’automne et l’hiver, mettre en avant l’attractivit√© de l’arri√®re-pays versus le littoral ou encore d√©concentrer l’espace en pr√©sentant en alternative d’autres sites arch√©ologiques voisins d’int√©r√™t, ouvrir de nouvelles destinations… ¬ »

Ce d√©cloisonnement permettrait de d√©saturer les r√©gions et sites aujourd’hui engorg√©s et en danger et de r√©partir l’int√©r√™t touristique sur l’ensemble des destinations et sur les diff√©rentes p√©riodes de l’ann√©e, œuvrant ainsi √ toujours nourrir la curiosit√© du voyageur tout en pr√©servant l’authenticit√© d’un lieu, d’une culture et d’un savoir-faire.


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